L'estime de soi en équation?

Je voudrais, aujourd'hui, vous proposer une "équation" de l'estime de soi.

Peut-on mettre l'estime de soi en équation? Ce n'est pas évident! Nous avons vu, en effet, dans un précédent billet de ce carnet du psy, que l'estime de soi a de nombreuses facettes, qu'il s'agit d'une réalité complexe. Elle ne peut pas se réduire à une définition simpliste et sans doute encore moins à une "formule". D'ailleurs, il n'y a pas une manière unique de comprendre l'estime de soi: les modèles varient selon les courants psychologiques auxquels on se réfère.

L' "équation" que je vous présente ne prétend donc pas faire le tour de l'estime de soi, ni l'enfermer dans une "formule" mathématique. Elle cherche juste à en saisir un aspect et, surtout, à donner quelques pistes pour améliorer son estime de soi: c'est d'ailleurs son principal intérêt. Alors, quelle est cette formule?

Cette équation, proposée par certains auteurs, mesure l'estime de soi par le quotient des succès de l'individu par ses ambitions personnelles:

estime de soi = succès / ambitions

 

Les témoignages de quelques collégiens, d'une classe de quatrième, vont illustrer cette équation:

          "A la rentrée de septembre, Arthur déclare: "Moi, je serai le premier de la classe" (ambition). Comme c'est un garçon particulièrement doué, il parvient effectivement en tête du classement, avec une moyenne de 17,5/20 (succès). Son estime de soi s'en trouve consolidée.

          Kévin est, lui aussi, bon élève, toujours troisième ou quatrième de sa classe. Cette année, il vise la première place (ambition). Il explique: "Le premier c'est le meilleur, les autres c'est tous des nuls". Comme d'habitude, il obtient une note générale excellente, de 16/20, et arrive en quatrième place. Cependant, au regard de son ambition, ce résultat est un échec. De fait, profondément déçu de ne pas être premier, Kévin se sent "nul": son estime de soi est atteinte.

          Manon, quant à elle, pense pouvoir raisonnablement atteindre une moyenne de 14/20 (ambition), puisque c'est le niveau qu'elle a connu les années précédentes, en classes de cinquième et de sixième. Elève persévérante et sérieuse, elle obtient 14,5/20 (succès) à la fin de l'année. Contente de son résultat, Manon nourrit sa bonne estime de soi."

Manon s'était fixée un objectif réaliste, à la hauteur de ses capacités: elle avait de bonnes chances de réussir. Kévin, lui, avait fixé la barre très haut et prenait le risque d'être déçu. Finalement, Manon augmente son estime de soi et Kévin fragilise la sienne, alors que sa moyenne est pourtant supérieure à celle de sa camarade!

Ces collégiens nous donnent ainsi quelques clés pour développer, de manière prudente, une bonne estime de soi: apprendre à se connaître; bien identifier ses compétences, ses qualités, ses talents et ses savoirs-faire; se fixer des objectifs réalistes; vérifier l'adéquation entre ses projets et ses capacités.

Même si l'exploit est possible (exemple d'Arthur), des réussistes modestes mais répétées (comme Manon) valent mieux pour l'estime de soi que de "grands" échecs (Kévin).