Le TOC de Madeleine

"Madeleine quitte le salon. Comme elle ouvre la porte et accède au couloir, une image lui traverse l'esprit: celle d'un corbeau. Non, ce n'est pas possible: le corbeau est un "oiseau de malheur". Il est noir, noir comme la mort. C'est un mauvais présage. Impossible de rester sur cette funeste image! Préoccupée, Madeleine retourne dans le salon et... s'apprête à en sortir. Mais à quoi pense-t-elle en franchissant la porte? A un hopital. Souhaite-t-elle donc qu'un de ses proches se retrouve hospitalisé? Ce serait bien de sa faute, avec de telles pensées! Angoissée, elle regagne une nouvelle fois son salon pour le quitter à nouveau. Mais l'image qui lui vient en tête, au moment de passer la porte, ne la satisfait pas encore. Elle semble lui annoncer une catastrophe imminente, un décès peut-être. Elle retourne donc en arrière et...

Si nous étions assis sur le canapé du salon, nous verrions ainsi Madeleine entrer et sortir précipitamment de son salon, dans un état de grande tension, pendant un bon quart d'heure.

Finalement, Madeleine arrive passer la porte en visualisant une mer bleue turquoise et sa plage de sable fin, ensoleillée. Elle sent alors que "c'est bon": elle peut enfin laisser le salon derrière elle."

Madeleine est-elle folle? NON. Mais elle souffre d'un trouble anxieux très gênant: un "TOC" ou Trouble Obsessionnel Compulsif. C'est une maladie psychique dans laquelle des pensées ou des images, qu'on appelle des obsessions, s'imposent à l'esprit de la personne, accompagnées d'une grande tension ou anxiété. La personne, envahie par de telles obsessions, se sent poussée, contrainte même, à faire quelque chose en réponse à celles-ci: poser un acte, vérifier quelque chose, répéter une phrase, compter dans sa tête, réaliser une sorte de rituel, etc. C'est la compulsion.

Madeleine "doit" ainsi franchir les portes en ayant une bonne image en tête, sans quoi un malheur touchera ses proches, pense-t-elle. Un autre devra se laver les mains toute la journée, par peur d'être contaminé par la saleté ou par des microbes. Un autre, encore, ne pourra quitter sa maison sans avoir vérifié 5 fois, 10 fois, 15 fois, que le gaz est bien coupé et les lumières éteintes. Tel enfant se lèvera en pleine nuit pour s'assurer, pour la vingtième fois, que son cartable est bien prêt, etc.

Cette maladie, plus répandue qu'on pourrait le croire, se présente sous des formes variées et fait beaucoup souffrir les personnes qui en sont atteintes. Ces personnes, redisons-le, ne sont absolument pas folles, mais elles souffrent d'un trouble. Peuvent-t-elles en guérir? Oui.

Actuellement, le traitement le plus efficace du TOC semble être la thérapie comportementale et cognitive, éventuellement associée à la prescription d'une catégorie bien précise d'anti-dépresseur  (les IRS: inhibiteurs  de la recapture de la sérotonine).