LE CARNET DU PSY

L'estime de soi en équation?

  • Par
  • Le 16/05/2013

Je voudrais, aujourd'hui, vous proposer une "équation" de l'estime de soi.

Peut-on mettre l'estime de soi en équation? Ce n'est pas évident! Nous avons vu, en effet, dans un précédent billet de ce carnet du psy, que l'estime de soi a de nombreuses facettes, qu'il s'agit d'une réalité complexe. Elle ne peut pas se réduire à une définition simpliste et sans doute encore moins à une "formule". D'ailleurs, il n'y a pas une manière unique de comprendre l'estime de soi: les modèles varient selon les courants psychologiques auxquels on se réfère.

L' "équation" que je vous présente ne prétend donc pas faire le tour de l'estime de soi, ni l'enfermer dans une "formule" mathématique. Elle cherche juste à en saisir un aspect et, surtout, à donner quelques pistes pour améliorer son estime de soi: c'est d'ailleurs son principal intérêt. Alors, quelle est cette formule?

Cette équation, proposée par certains auteurs, mesure l'estime de soi par le quotient des succès de l'individu par ses ambitions personnelles:

estime de soi = succès / ambitions

 

Les témoignages de quelques collégiens, d'une classe de quatrième, vont illustrer cette équation:

          "A la rentrée de septembre, Arthur déclare: "Moi, je serai le premier de la classe" (ambition). Comme c'est un garçon particulièrement doué, il parvient effectivement en tête du classement, avec une moyenne de 17,5/20 (succès). Son estime de soi s'en trouve consolidée.

          Kévin est, lui aussi, bon élève, toujours troisième ou quatrième de sa classe. Cette année, il vise la première place (ambition). Il explique: "Le premier c'est le meilleur, les autres c'est tous des nuls". Comme d'habitude, il obtient une note générale excellente, de 16/20, et arrive en quatrième place. Cependant, au regard de son ambition, ce résultat est un échec. De fait, profondément déçu de ne pas être premier, Kévin se sent "nul": son estime de soi est atteinte.

          Manon, quant à elle, pense pouvoir raisonnablement atteindre une moyenne de 14/20 (ambition), puisque c'est le niveau qu'elle a connu les années précédentes, en classes de cinquième et de sixième. Elève persévérante et sérieuse, elle obtient 14,5/20 (succès) à la fin de l'année. Contente de son résultat, Manon nourrit sa bonne estime de soi."

Manon s'était fixée un objectif réaliste, à la hauteur de ses capacités: elle avait de bonnes chances de réussir. Kévin, lui, avait fixé la barre très haut et prenait le risque d'être déçu. Finalement, Manon augmente son estime de soi et Kévin fragilise la sienne, alors que sa moyenne est pourtant supérieure à celle de sa camarade!

Ces collégiens nous donnent ainsi quelques clés pour développer, de manière prudente, une bonne estime de soi: apprendre à se connaître; bien identifier ses compétences, ses qualités, ses talents et ses savoirs-faire; se fixer des objectifs réalistes; vérifier l'adéquation entre ses projets et ses capacités.

Même si l'exploit est possible (exemple d'Arthur), des réussistes modestes mais répétées (comme Manon) valent mieux pour l'estime de soi que de "grands" échecs (Kévin).

 

Le TOC de Madeleine

  • Par
  • Le 14/05/2013

"Madeleine quitte le salon. Comme elle ouvre la porte et accède au couloir, une image lui traverse l'esprit: celle d'un corbeau. Non, ce n'est pas possible: le corbeau est un "oiseau de malheur". Il est noir, noir comme la mort. C'est un mauvais présage. Impossible de rester sur cette funeste image! Préoccupée, Madeleine retourne dans le salon et... s'apprête à en sortir. Mais à quoi pense-t-elle en franchissant la porte? A un hopital. Souhaite-t-elle donc qu'un de ses proches se retrouve hospitalisé? Ce serait bien de sa faute, avec de telles pensées! Angoissée, elle regagne une nouvelle fois son salon pour le quitter à nouveau. Mais l'image qui lui vient en tête, au moment de passer la porte, ne la satisfait pas encore. Elle semble lui annoncer une catastrophe imminente, un décès peut-être. Elle retourne donc en arrière et...

Si nous étions assis sur le canapé du salon, nous verrions ainsi Madeleine entrer et sortir précipitamment de son salon, dans un état de grande tension, pendant un bon quart d'heure.

Finalement, Madeleine arrive passer la porte en visualisant une mer bleue turquoise et sa plage de sable fin, ensoleillée. Elle sent alors que "c'est bon": elle peut enfin laisser le salon derrière elle."

Madeleine est-elle folle? NON. Mais elle souffre d'un trouble anxieux très gênant: un "TOC" ou Trouble Obsessionnel Compulsif. C'est une maladie psychique dans laquelle des pensées ou des images, qu'on appelle des obsessions, s'imposent à l'esprit de la personne, accompagnées d'une grande tension ou anxiété. La personne, envahie par de telles obsessions, se sent poussée, contrainte même, à faire quelque chose en réponse à celles-ci: poser un acte, vérifier quelque chose, répéter une phrase, compter dans sa tête, réaliser une sorte de rituel, etc. C'est la compulsion.

Madeleine "doit" ainsi franchir les portes en ayant une bonne image en tête, sans quoi un malheur touchera ses proches, pense-t-elle. Un autre devra se laver les mains toute la journée, par peur d'être contaminé par la saleté ou par des microbes. Un autre, encore, ne pourra quitter sa maison sans avoir vérifié 5 fois, 10 fois, 15 fois, que le gaz est bien coupé et les lumières éteintes. Tel enfant se lèvera en pleine nuit pour s'assurer, pour la vingtième fois, que son cartable est bien prêt, etc.

Cette maladie, plus répandue qu'on pourrait le croire, se présente sous des formes variées et fait beaucoup souffrir les personnes qui en sont atteintes. Ces personnes, redisons-le, ne sont absolument pas folles, mais elles souffrent d'un trouble. Peuvent-t-elles en guérir? Oui.

Actuellement, le traitement le plus efficace du TOC semble être la thérapie comportementale et cognitive, éventuellement associée à la prescription d'une catégorie bien précise d'anti-dépresseur  (les IRS: inhibiteurs  de la recapture de la sérotonine).

L'estime de soi

  • Par
  • Le 14/05/2013

On parle beaucoup, de nos jours, de l' "estime de soi", de la "confiance en soi" (ou du manque de confiance en soi), du fait d'avoir une plus ou moins bonne "image de soi". Il suffit d'ailleurs d'ouvrir n'importe quel magazine comportant une rubrique "psychologie", "bien être" ou "développement personnel", pour trouver ces expressions ou se voir proposer un test pour évaluer son "estime de soi". Ou encore, qui n'a entendu, à la sortie d'une école, les propos d'un parent commentant la difficulté de son enfant à répondre aux questions du maître: "il est intelligent, il connaît pourtant la répoinse, mais il a un tel manque de confiance en lui qu'il n'ose rien dire"?

De fait, les professionnels (psychologues, psychiatres) constatent que l'estime de soi est en cause dans la plupart des souffrances psychologiques et qu'elle est même la cause de certain troubles psychiques. C'est donc une dimension importante de notre personnalité. De quoi s'agit-il vraiment?

En fait, la définition de l'estime de soi est complexe. Le plus simple est peut-être d'en décrire les différentes facettes. Je vous en propose 3 principales:

1. l'amour de soi: c'est l'acceptation de soi-même, tel qu'on est, avec ses qualités et ses défauts. L'amour de soi fonde la conviction d'être digne d'être aimé et respecté par autrui. C'est un aspect très profond de notre personnalité qui se construit dans l'enfance, à partir de l'affection reçue dans la famille.

2. la vision de soi: c'est l'image que l'on a de soi-même, le regard que l'on porte sur soi, sur ses talents, ses limites, etc. Cette vision de soi forge l'ambition de la personne. Elle est également façonnée dans l'enfance, notamment par les projets que les parents font pour leur enfant.

3. la confiance en soi: c'est la confiance dans sa propre capacité à agir de manière adéquate dans une situation donnée. Cette confiance en soi détermine la tendance à persévérer dans l'effort ou, au contraire, à baisser les bras en cas de difficulté. L'éducation donnée par les parents, le vécu de la scolarité, la manière dont on nous a appris à gérer les réussites et les échecs, construisent cette confiance en soi.

 

Vous avez sans doute remarqué que ces définitions font toutes référence à la période de l'enfance. Cela veut-il dire que "tout est joué" dans l'enfance? Les jeux "sont-ils faits" lorsque nous arrivons à l'âge adulte? Nous verrons plus tard que ce n'est pas si simple et que la vie offre toujours une possibilité de changer...

Les psys...

  • Par
  • Le 08/03/2013

Dans la famille des "psys", nous rencontrons beaucoup de monde, sans peut-être toujours bien savoir "qui est qui". Alors commençons, en quelques mots, à faire les présentations:

 

Le psychiatre: médecin, spécialiste des troubles mentaux. Sa méthode de travail peut-être très "médicale": diagnostic, pronostic, traitement. Il peut aussi accompagner ses patients dans le cadre d'une psychothérapie. Comme tout médecin, il peut prescrire des médicaments et ses honoraires peuvent être remboursés par l'Assurance Maladie.

 

Le psychologue: spécialiste du "psychisme" humain, qui s'efforce "de faire reconnaître et respecter la personne dans sa dimension psychique" (article 1 du code de déontologie des psychologues). Sa pratique peut être très variée: accompagnement psychologique, conseil, recherche et enseignement, expertise, formation, psychothérapie, travail institutionnel, etc. De même, ses méthodes de travail sont diverses. Mais son outil principal reste la parole, l'entretien. En France, le titre de psychologue est reconnu et protégé par la loi. Il n'est accordé qu'après une formation de type universitaire, de niveau BAC+5.

 

Le psychothérapeute: praticien du "soin psychologique", de la "guérison psychologique", de la psychothérapie. Les méthodes et "écoles" de psychothérapie sont très nombreuses mais peuvent se regrouper en quelques grandes "familles": les psychothérapies psychanalytiques, les thérapies comportementales et cognitives, les psychothérapies humanistes et les thérapies systémiques. Jusqu'il y a encore peu de temps, la loi française ne définissait pas le statut de psychothérapeute. Cette carence laissait libre cours à un certain nombre de charlatans. Mais, depuis le 20 mai 2010, un décret réglemente l'usage du titre de psychothérapeute et définit les conditions de formation qui permettent de prétendre à ce titre.

 

Le décret du 7 mai 2012, qui modifie celui du 20 mai 2010, accorde le titre de psychothérapeute aux psychiatres et aux psychologues cliniciens. Les médecins non-psychiatre et les autres professionnels qui souhaitent exercer comme psychothérapeutes doivent suivre des formations complémentaires.

Pourquoi un "carnet du psy"?

  • Par
  • Le 07/03/2013

Tout simplement pour répondre à l'une des missions du psychologue: Faire connaître la psychologie au grand public, selon ce que dit le code de déontologie des psychologues:

"Le psychologue a une responsabilité dans la diffusion de la psychologie et de l'image de la profession auprès du public et des médias. Il fait une présentation de la psychologie, de ses applications et de son exercice en accord avec les règles déontologiques de la profession" (article 32)

Ce "carnet du psy" voudrait ainsi donner une présentation brève et accessible de différents aspects de la psychologie. Les pages de ce carnet chercheront à être simples... mais ni simplistes ni caricaturales. Etre "en accord avec les règles déontologiques de la profession", c'est en effet se donner des valeurs d'honnêteté et de rigueur intellectuelle comme règle d'écriture des lignes qui suivront...

 

Bonne lecture...